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Mémoires de la Bataille d'Âtreval.

 
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Semelys
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MessagePosté le: Mar 19 Jan - 04:14 (2010)    Sujet du message: Mémoires de la Bataille d'Âtreval. Répondre en citant

( Ces récits concernent l'event roleplay de grande envergure, filé sur trois jours, qui a opposé une grande coalition de forces de l'Alliance, auxquelles se sont jointes les Lames Brisées - ainsi que la Réflexion des Ombres, de loin - et Purification, l'ordre Ecarlate extrémiste basé en Âtreval. L'event a eu lieu les 15, 16 et 17 Janvier 2010, a rassemblé 70 personnes le premier soir, une 40aine le second soir, et au moins 60 personnes le dernier soir.

Pour plus de récits, voir ce topic sur KT RP : Le Siège d'Âtreval

Vidéo de l'event : Ici

Screens divers : Ici

Voili voilou, bonne lecture Smile )
   

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Les valeurs et le code d'honneur sont ce qui différencie le Chevalier d'une simple goule. Mourir pour des valeurs vaut mieux que vivre pour rien du tout. - Semelys Ronae


Dernière édition par Semelys le Mar 19 Jan - 04:22 (2010); édité 2 fois
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MessagePosté le: Mar 19 Jan - 04:14 (2010)    Sujet du message: Publicité

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Semelys
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MessagePosté le: Mar 19 Jan - 04:15 (2010)    Sujet du message: Mémoires de la Bataille d'Âtreval. Répondre en citant

Nuit du Huitième Jour, Premier mois de l'An Trente.
 


" Et le Cor de Bataille sonnera de nouveau en Âtreval... "



Depuis bien des heures à présent, les vents de nuit battaient les collines pelées des Maleterres.

Peu d'oiseaux osaient chanter dans ce pays qui fut autrefois verdoyant et grouillant de vie. A présent, l'air seul hululait dans les ruines, rampait sur le sol comme une vipère avant de s'engouffrer par les vitres brisées avec des cris d'engoulevent. L'air seul. Si l'on exceptait les lamentations incessantes des banshees, les gargouillements des goules et autres morts-vivants dégingandés comme des marionnettes privées de maître - ainsi, bien sûr, que la gigantesque clameur de la terre en souffrance, souillée, piétinée, brûlée par les cicatrices du Fléau.

Les sabots de Hargne frappèrent violemment les pavés fracassés de l'ancienne route d'Andorhal. Piaffant, le grand destrier se cabrait, ruant dans l'air et poussant en guise de hennissement de longs soupirs sifflés, hors d'une gorge dépourvue de cordes vocales depuis bien longtemps. Contre ses flancs creux battaient les pans de vieilles étoffes décolorées, reliques de couleurs glorieuses, désormais recouvertes par les plaques noires et métalliques d'une cuirasse de guerre.

Hargne piaffa une dernière fois, excité par la course, avant de se calmer. Ses sabots, effilés comme des fers de hache, se plantèrent sèchement dans la poussière et, après un dernier long souffle de rage, il s'immobilisa totalement.

Tout aussi cuirassé et harnaché que lui, son cavalier fixait le Nord, brides en main. Tête nue, dos fièrement dressé, tresses battant sa nuque, Semelys scruta les routes à moitié oubliées qui menaient à Âtreval avant de se mettre à sourire, tout crocs dehors. Lentement, sa main se porta au grand cor de guerre qu'il portait attaché contre la hanche, et qu'il souleva, afin de le contempler. Un cor imposant, sculpté à même l'ivoire d'une bête du grand Nord, décoré d'arabesques guerrières ; sa seule vue suffisait à éveiller d'anciens échos de bataille, de vieilles clameurs de guerre.

Semelys porta l'embout du Cor à ses lèvres, et souffla.

Un grand rugissement, vibrant et grave, se mêla à la complainte du vent, rampa avec lui sur le sol, fit trembler les fenêtres brisées, arrêta un instant les créatures putrides qui erraient désormais d'un bout à l'autre du pays. Longtemps ses échos se répétèrent et se multiplièrent, vagues de son puissant, puissant comme des promesses de rage, de Hargne, de mort et de sang versé.

L'appel de guerre était enfin lancé.



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Dernière édition par Semelys le Mar 19 Jan - 04:19 (2010); édité 1 fois
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Semelys
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MessagePosté le: Mar 19 Jan - 04:16 (2010)    Sujet du message: Mémoires de la Bataille d'Âtreval. Répondre en citant

Quinzième Jour, Premier Mois de l'An Trente.
 


---
C'est aux abords d'une bataille
Qu'est dressée la toile à tisser
Pour accueillir les trépassés.

---


Près de la Colline des Chagrins, les Lames Brisées et la Réflexion se faisaient face. Les rapports se tissaient au fil des jours entre les deux ordres, prémices à - peut-être - une fraternité véritablement durable. Neltharian et les siens brillaient décidément par leur efficacité et leur loyauté, songeait Semelys tandis que l'excitation de la bataille à venir grondait dans ses veines. Si les siens avaient été ponctuels, rangés bien en ordre près du Camp du Noroît, les vivants, eux, s'éternisaient en Austrivage. Bast, quel genre de préparatifs prenait autant de temps ?

" C'est ici. ", annonça Zarr'jin, le Troll au visage bardé de peintures de guerre, après avoir conduit la troupe en Caer Darrow.

Comme promis, la Réflexion avait nettoyé les lieux, fournissant au Clan une arrière-garde sécurisée où il pourrait stocker les troupes mortes-vivantes en attendant d'y faire appel. Le travail acharné de Kiera et Manaldian portait enfin ses fruits. Peut-être même qu'au-delà des goules et des gargouilles, ils pourraient se servir de l'abomination en pièces détachées sur laquelle les deux Maîtres Impies avaient passé autant de temps...

Les préparatifs étaient achevés, enfin. Pour l'instant, tout se déroulait comme prévu, sans trace des "Macabés", ces imbéciles prêts à leur mettre des bâtons dans les roues coûte que coûte. De toute façon, d'après les rumeurs, ils devaient être une bonne cinquantaine de vivants en Austrivage ; quel inconscient irait s'attaquer à pareille armée ?

Semelys fit volter Hargne, son destrier, qui dansa d'un sabot sur l'autre. Dressé sur la selle, le Ténébrant sourit en parcourant les siens des yeux. Célyssa était là, toute en armure, juchée fièrement sur son ours de guerre ; Kiera, occupée à garder le contrôle sur l'escouade de goules qui l'entouraient ; Nylan, grand et massif Chevalier drapé, comme toujours, dans son brouillard de glace ; Lyla, bien sûr, arborant un sourire aussi clair et aigu qu'une lame tirée du fourreau. Un autre guerrier non-mort, n'appartenant pas au Clan, avait rejoint le rang - Semelys espérait qu'il saurait obéir aux ordres, cet étranger - et un dernier les observait de loin, capuche rabattue sur son visage.

De l'impatience et de la résolution dans tous les regards.

Les sabots du reste de l'armée firent gronder la terre plus au Sud. Il était temps de partir, enfin.


---
Le sang pleut, la toile est montée.
---


" Aÿ aÿ, on se presse derrière ! "

Envoyant quatre guerriers en éclaireurs du côté des Larmes de Dalson, Semelys poussa un profond soupir. Si cette idée de pont amovible à l'ouest d'Andorhal était probablement une nécessité pour que l'armée puisse faire passer son lourd chargement, par le Sang, quel temps ça leur prenait ! Il entendait depuis la berge les appels sonores des ouvriers, et le raclement des chariots qui avançaient péniblement sur les passerelles. De formidables énergies mises en branle, et pas encore un seul affrontement. Est-ce que cela allait leur prendre toute la nuit, par le Sang ?

Faisant la navette entre les différentes sections de l'armée, Célyssa et Lyla revinrent annoncer que les premiers fantassins posaient enfin pied sur la terre ferme. Claquant de la langue contre son palais, le Ténébrant fit aller sa monture, rejoignant les éclaireurs en amont et formant le rang, aboyant des ordres tandis que le gros de la troupe se rassemblait lentement derrière, par divisions.

"Attendons l'ordre de charge !"

Hargne piaffait plus que jamais, pressée par son cavalier sans pouvoir aller de l'avant - pas encore.

"Epargnez les citoyens et ceux qui demandent grâce !"

"N'épargnez personne tant que vos lames auront soif !"
hurla Semelys en réponse à mesure que l'excitation gagnait progressivement l'armée toute entière. Pour sûr, l'ensemble des Maleterres allait trembler sous le choc de la charge... Quand elle serait lancée.

"Première division sur la gauche de la route, avec moi !" cria enfin Idrid. "En avant ! Charge !"

"Sang et Acier !"


Enfin. Après tout ce temps d'attente... Enfin, ça avait commencé. L'armée se jeta furieusement en avant. Au Nord, les avant-postes écarlates n'avaient qu'à bien se tenir.


---
Le tissu est tissé d'entrailles
Des hommes morts dans la bataille ;
Durement tendue de têtes d'hommes.

---


Cette peste de boue consacrée collait aux semelles. La plupart des goules jetées en avant, véritable chair sacrifiable, avaient été stoppées ou décimées par ce piège de Lumière, et il fallait méthodiquement profaner la terre pour pouvoir avancer. L'air lui-même pesait sur la nuque des combattants, lourd comme du coton humide.

Mais ils progressaient. Lentement, ils progressaient, en tête de l'armée, gorgeant la terre d'énergie impie jusqu'à ce qu'elle exsude ses liqueurs comme une plaie infectée. Ils progressaient... Et n'avaient pas encore rencontré le moindre opposant. Les lames et leurs propriétaires en grondaient de frustration.

Un piège, soudain. L'air se cristallisa brutalement au-dessus d'eux avant de se condenser, formant des javelots glacés qui fondirent vers le sol, vers les premières lignes - vers eux.

On hurla des ordres, certains battirent en retraite ou à couvert, à mesure que les éclats de givre se fichaient brutalement dans le sol, les armures, les chairs. Des mages, bien sûr. Des mages postés en amont, probablement destinés à les piéger une fois à portée.

"Attrapez-moi ces chiens !"

La pluie d'éclats cessa aussi brutalement qu'elle avait commencé ; mais lorsque les combattants s'élancèrent de nouveau, les mages avaient déjà fui.


---
Des lances rouges servent de lames.
---


"Mais il saute ce mur, ou quoi ?!" s'égosilla quelqu'un.

Combien d'heures avaient passé depuis la charge ? Combien de pièges sur leur chemin ? Le givre, le feu, la Lumière brûlante et insidieuse dans le sol, autant de plaies infligées dans les cuirasses, les corps, et les résolutions. La fatigue commençait à poindre et de nombreux blessés avaient dû être rapatriés en aval, vers les arrières-gardes. Ces maudits mages Rouges s'étaient réfugiés derrière une épaisse barricade, tout en continuant à faire pleuvoir leurs sortilèges sur les assaillants. A sa gauche, Nylan grondait férocement, de rage plus que de douleur, des flammes léchant son armure. Malgré tout, pas une seconde l'idée d'une retraite n'effleura leurs esprits ; "l'échec n'est pas une option", aurait dit Célyssa.

Les contre-sorts de l'escouade des mages tordaient l'air au-dessus de leurs têtes, des crépitements sonores d'Arcane résonnaient parmi les cris et les appels.

Kiera, concentrée en retrait, psalmodiait pour lier ses ordres à certaines gargouilles. L'armure de la fière draenei était constellée d'éclats de givre, de flèches, de traces brûlées. Eux tous offraient à peu près le même spectacle.

L'explosion secoua brutalement le sol.

"Une brèche est ouverte ! A l'attaque !" rugirent des voix alors que les guerriers les plus impatients se ruaient déjà en avant, inconscients du piège qui les attendait.


---
Ainsi font les amies des hommes
Qui tissent, tissent la toile grise,
Et l'emplissent du sang des hommes.

---


Fauchée en plein élan, l'armée.

La fosse traîtresse, jonchée de pals, qui les attendait derrière le muret, avait fait des ravages. A présent, les valides couraient d'un blessé à un autre, tiraient les leurs hors de la fosse. Le bel ordre de progression, brutalement brisé. Les soigneurs, dépassés en nombre, s'activaient auprès des plaies les plus graves. Semelys entendit vaguement que le Sénéchal Idrid lui-même était tombé, gravement atteint au ventre, mais là n'était pas l'urgence du moment. L'urgence, c'était ramener les deux membres du Clan pris au piège de la fosse.

Alderran, le Maître-Rune, se chargea de remonter Célyssa à l'aide d'une poigne de mort, Nylan prenant aussitôt en charge les soins de la gnome. A toute allure ses doigts traçaient les runes de sang, palliant au plus urgent.

De son côté, Semelys se chargea de Kiera.

"Je... ne les sens plus..." murmura la draenei étendue au sol, à demi-consciente - parlant des morts-vivants qu'elle avait mis temps de temps à bâtir puis à lier afin qu'ils lui obéissent ; à cause de son état de faiblesse, le dit lien avait dû voler en éclats. "Tout ce travail... Pour rien..."

"Laisse cela pour le moment."
S'entaillant le poignet, Semelys fit couler son sang noir, fluide, y dessinant les glyphes appropriées. Les plaies de Kiera se mirent à exhaler une fumée pourpre et épaisse, à mesure que l'art régénérateur faisait son office.

Un non-mort inconnu lui proposa son aide, sans qu'il ne réponde. Tous s'activaient autour, à hisser les derniers blessés hors du piège, et à prodiguer des soins quand ils le pouvaient. Les paumes de Lyla brillaient de sa Lumière particulière, blanche et palpitante. Lyla, patiente et déterminée, les cheveux rougis de sang, l'armure noircie par les flammes.

Quelle sorte de guerre était-ce là ?

Semelys ferma les yeux un moment, agenouillé auprès de Kiera - et faisant fi de ses propres blessures. Plus encore que la douleur, c'était l'absence de véritable bataille qui fissurait doucement sa résolution de guerrier. Sans adversaire avec lequel croiser le fer, sans sang à verser, c'était comme d'affronter des fantômes. Il voulait des proies ; le chemin parcouru n'était jonché que de perfidies et de traîtrises. Et ces pièges étaient en train de lui prendre ses meilleurs guerriers.

Un élan de colère le fit frissonner. Poussa enfin dans sa gorge un vieux chant de guerre, qu'il entonna comme un défi - et auquel Célyssa, se remettant de ses blessures, ne tarda pas à répondre en écho.

" Le sang pleut. La toile est montée. "

" Les Val'Kyrs ont noms de sang :
Ainsi Bataille va tissant,
Ainsi Tumulte de l'épée,
Ainsi Vibrante et Véhémente ;
"

" Epées tirées elles chevauchent,
Et brisés sont les boucliers
Brisé le heaume du guerrier. "

" Le sang pleut, la toile est montée. "


Prenant appui sur son estramaçon, Semelys se redressa, dent serrées. Ils avaient un objectif : la Tour de garde, plus en amont, presque en vue désormais.

Ils tiendraient l'objectif, coûte que coûte.

Ils tiendraient.


---
Le ciel s'en va chargé de sang
Et l'air est plein du goût du sang
Du sang partout, partout du sang.

---


C'était terminé.

Des mauvais perdants, les Ecarlates. Plutôt que de leur laisser la Tour, ils avaient préféré la piéger - encore - en faisant sauter les fondations pour qu'elle s'écroule sur elle-même.

Semelys roula sur le côté, crachant du sang dans l'épais nuage de poussière soulevée par la chute de l'édifice. Se releva en titubant. L'engourdissement de la douleur et de la fatigue le laissa un instant debout, à moitié courbé comme s'il allait s'effondrer à nouveau, foudroyé. Derrière, on criait la retraite. Il l'entendit à peine.

Un pas, erratique, un second. De nombreuses personnes prises dans l'éboulement. Parmi elles, deux des siens.

L'huile bouillante reçue lors de l'assaut désespéré contre la porte de la Tour rongeait encore sa peau à travers les interstices de l'armure. Douleur, douleur, vertigineuse. Un autre pas, vers les gravats, plus assuré. Puis la course précipitée, les blocs de pierre fracassée qu'on enjambe tant bien que mal avant de les saisir à pleines mains pour dégager ceux qui restent prisonniers, en dessous.

Pas question de battre en retraite sans les récupérer d'abord. Ne laisser personne en arrière. Jamais.

Fouillant dans les décombres comme un acharné, à moitié aveuglé par son propre sang, Semelys grogne, comme un animal en colère. Il peut les sentir, en dessous, prisonniers. Confusément. Le lien mental qui les relie à lui est faible, mais pas brisé.

"Il y a quelqu'un, ici", dit un homme sur la gauche, également occupé à fouiller les décombres.

Nylan. On se précipite. On repousse sans remerciement pour dégager soi-même son frère de Clan. Un peu plus loin, d'autres guerriers tirent des blessés hors des gravats, dont le corps fracassé de Célyssa. On essaie de soigner, confusément, sans même être capable de penser. L'engourdissement gagne lentement le corps en entier mais il n'est pas question de repos avant que chacun soit en sécurité.


---
Le sang pleut, la toile est tissée.
---


Un campement de fortune se dresse lentement. Au moins l'objectif a-t-il été atteint, ironisent ceux qui ont encore la force d'ironiser.

Nylan et Célyssa étendus sous l'ombre épaisse d'un arbre, soignés autant que faire se peut.

Kiera, visage levé vers le ciel. "On s'est servi de nous, comme de la chair à canon."

Le visage grave et attentif de Lyla. Celui de Céralyndé, épuisée, entraperçu.

Fëarielle qui sanglote un peu plus loin, discrètement, attelée aux soins de l'un de ses familiers.

Anetherann assis non loin, le regard absent.

Nul n'ira plus loin ce soir.

De l'herbe contre la joue, et le noir, enfin.


---
Et voici la toile finie.
---



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Dernière édition par Semelys le Mar 19 Jan - 04:20 (2010); édité 1 fois
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Semelys
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MessagePosté le: Mar 19 Jan - 04:18 (2010)    Sujet du message: Mémoires de la Bataille d'Âtreval. Répondre en citant

Dix-Septième Jour, Premier Mois de l'An Trente.
 


De l'écoeurement.

Ce n'était pas les longues heures à tenir sous la pluie de flèches, la veille, aux portes.

Ce n'était pas la douleur ni la fatigue, ni la tension des combats acharnés contre les battants épais - le martèlement puissant du bélier contre le bois, à faire trembler le ciel, les cris trémulants de l'Abomination, fierté de Kiera - alors que les défenseurs se faisaient un plaisir de les cribler de projectiles, de liquides corrosifs, et même de chaises ou de balistes inutilisables.

Ce n'était pas les hurlements du mortier, ni le sifflement sourd des traits tirés par les engins de siège.

Ce n'était pas ce dernier piège insidieux avant que la lourde, immense porte ne s'effondre enfin sous les tremblements du sol ; cette fosse dans laquelle il était tombé, la jambe percée d'un pic, forcé d'accepter l'aide de Fëarielle pour s'en sortir.

Ce n'était même pas tous ces cris qui auraient vrillé les tympans de n'importe qui, Fanélia qui se déchirait la gorge en hurlant ses ordres, les clameurs des blessés, les grondements des guerriers, les aboiements des défenseurs, les vagissements des goules qui se jetaient sur les murailles avant de tomber comme des insectes, foudroyées par les sorts adverses.

Cela, c'était la guerre. La guerre, il l'avait toujours acceptée, affrontée, désirée aussi ardemment qu'une amante de fer et de sang. Il savait les blessures, et les cris et les coups et les brûlures. Il connaissait par coeur l'odeur puissante et amère du sang, celle de la poudre, celle de la chair calcinée. Il connaissait par coeur la boue des champs de bataille, mêlée de terre fondue et de liqueurs déversées par les corps éventrés. Cela, pour lui, n'avait rien d'écoeurant.

Rien d'écoeurant.

Mais c'était la maison vide, écroulée sur leur tête dans un grand fracas sans leur avoir livré le moindre combat qui vaille la peine d'être mené. C'était les cris railleurs de défenseurs insaisissables. C'était les corps innombrables abattus par d'autres lames que la sienne. C'était les regards hautains, méprisants, de ses "alliés". C'était le fiel de l'Evêque, sa voix enduite de miel, ses yeux de vieux serpent. Et, surtout, surtout, c'était cette masse de roquets aboyant, la bave leur moussant aux lèvres, qui s'était pressée autour d'un Taelis à l'hallali.

De l'écoeurement.

Tout du long, dans Âtreval, il avait lancé le nom d'Hiltar à la face des défenseurs. Espérant, enfin, que l'adversaire véritable se montre. Espérant que bataille serait livrée, de ces batailles qui voient le fer croiser le fer, et les épées fouiller les blessures. Son poing s'était serré bien des fois sur la chaînette d'argent, trophée d'une rencontre en Maleterres bien des jours auparavant, trophée dont il avait même récupéré le jumeau dans la maison vide de Taelis. Deux colliers, deux alliances. Celle d'une vieille union désormais brisée. Celle d'un amour, l'amour de Suniva envers le Commandeur des Ecarlates. Un symbole. Une provocation qui aurait amplement justifié un duel - ce duel-là, qu'il était venu chercher auprès de Taelis après l'avoir longtemps désiré.

Mais lorsqu'il avait vu la foule hérissée de lames encore chaudes du sang versé, et les regards innombrables, acérés comme des couteaux, portés sur Taelis privé de secours, il avait compris.

Il n'y avait plus de combat pour lui. Plus aucun combat qui vaille la peine d'être engagé. Défier Taelis ici, au milieu de cette meute de vivants surexcités, aurait été s'abaisser à leur niveau : celui de chiots enragés que l'odeur du sang rend ivres de puissance. Il ne voulut pas mêler sa voix à tous ceux qui réclamaient la mort instantanée du Commandeur de Purification. Et si Hiltar avait été tué sur place, pour rien au monde il n'aurait trempé son fer dans le corps de son ennemi.

Aucun honneur à combattre un adversaire à dix contre un. Aucun honneur à achever l'homme à terre. Aucun honneur à mordre une blessure qui est le fait d'un autre, si forte la haine soit-elle.

Une dernière fois, Semelys serra les deux chaînettes d'argent dans son poing, avant de héler Taelis, sa voix portant péniblement parmi les clameurs environnantes, et de lui jeter ses trophées au visage. Un signe de victoire, autant que de renoncement. En vérité, Semelys avait tenu sa promesse : en vérité, il avait rendu à Hiltar ce qui lui appartenait. Mais le regard de Taelis n'exprima rien, et ses lèvres demeurèrent closes.

La suite n'eut pas grand intérêt. Hiltar fut conduit dans la grand'salle, enchaîné. Quelques échanges de paroles, des provocations insipides, des déclarations vides de sens du côté des vainqueurs comme de celui du vaincu. C'était terminé. Le Défi était achevé, bien que lui laissant un goût amer sur la langue.

Semelys se détourna, appelant le Clan à quitter les lieux. La déception de ses guerriers était évidente, sans doute en partie pour les mêmes raisons que lui - mais il n'y avait plus rien pour eux ici, à part un dû à prélever parmi les morts. Une dîme à payer par Âtreval, de chair et de sang. Qu'ils prélevèrent sans hésitation, car ils en avaient tous les droits.

Sans faire plus de vagues, le Clan repartit, laissant Âtreval aux mains des vivants. D'aucuns avaient planté le symbole de la victoire au sommet de la tour du Donjon, et les couleurs de Lordaeron claquaient fièrement au vent - arrachant à Semelys un sourire, très bref. La bataille était terminée, mais quelque chose d'autre venait de commencer. Pour sûr, cet affrontement avait secoué bien des territoires, et l'impact de tout ceci allait être conséquent, y compris pour lui... Y compris, et surtout peut-être, pour Berce-Âmes.

Car la présence des siens à cette bataille, outre l'apport purement militaire, allait soulever bien des questions, et créer probablement bien des remous dans les esprits. Il était probable que certaines personnes commencent à entrevoir les enjeux symboliques et politiques cachés derrière cette victoire. Dans tous les cas, Semelys et les siens se devaient d'être prêts.


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